Bien nommée In The Summers, la scénariste-réalisatrice Alessandra Lacorazza tisse un drame familial intime dans son premier long métrage. Le film, comme son nom l’indique, se déroule sur une décennie d’étés qu’Eva (Luciana Elisa Quinonez/Allison Salinas/Sasha Calle) et Violeta (Dreya Castillo/Kimaya Thais/Lio Mehiel) passent avec leur père, Vincente. Dès leurs années de formation et jusqu’au début de l’âge adulte, leurs étés à Las Cruces, au Nouveau-Mexique, commencent comme quelque chose à chérir et se terminent comme quelque chose à ressentir.
Alessandra Lacorazza construit avec réflexion un récit de souvenirs familiaux de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte, se contredisant au fil du temps. Vincente, leur père, a du mal à se connecter pleinement avec Eva et Violeta mais utilise des jeux pour les maintenir engagés. Pour que tout reste amusant. Mais à mesure que les jeux sont vus par des yeux plus âgés, ils perdent lentement de leur éclat, d’autant plus que la consommation d’alcool de Vincente s’aggrave.
In The Summers est parfois difficile à regarder. C’est effrayant. Vincente aime profondément ses filles. Il veut être avec eux, mais vouloir être parent ne fait pas de vous un bon parent. Alors qu’il oscille entre un père aimant et un ivrogne erratique, on ne peut s’empêcher de souffrir. Tu as mal pour lui, sachant qu’il ne sera jamais le père qu’il veut être. Mais vous avez de plus en plus peur pour Eva et Violeta.
Vincente ne fait pas que blesser ses filles sur le moment, mais il commence également à détruire tous les souvenirs qu’elles ont de lui. La détérioration de la relation d’Eva et Violeta avec leur père se manifeste par l’effondrement de sa maison. Ce qui était autrefois une maison dynamique tombe en ruine. La piscine qu’ils aimaient et dans laquelle ils jouaient s’est transformée en un trou sale et vidé dans le sol. À mesure que l’alcoolisme de leur père grandit, leurs souvenirs s’effacent de toutes les manières. Attachées aux lieux et aux choses, Eva et Violeta se retrouvent de plus en plus seules à mesure que les moments de sobriété avec leur père diminuent à chaque visite estivale.
In The Summers est un regard déchirant sur une famille. Histoire bilingue, la latinité du film est une histoire qu’on ne voit pas si souvent. Le machisme dirige la vie de Vincente et cela a un impact sur ses filles. Il refuse l’aide, il refuse leur autonomie et il finit par le perdre. En même temps, c’est une histoire latino qui donne à ses personnages la possibilité de quitter leur père et de ne pas revenir, ce que Violeta choisit une fois qu’elle a le choix. Au lieu de forcer la famille à se rassembler, la réalisatrice Alessandra Lacorazza embrasse les divisions entre les gens et n’oblige pas les filles à combler le fossé avec leur père alcoolique.
Ce film n’est ni sur le pardon ni sur l’oubli, mais juste sur le déballage. C’est un portrait de famille intime qui se dégrade avec le temps. C’est beau dans son exploration mais douloureux dans sa prestation, et c’est pourquoi ça marche. In The Summers est brut, mais il vise toujours à être vrai. Tandis qu’Eva et Violeta sont obligées de grandir, Lacorazza ne perd jamais l’objectif enfantin avec lequel elle les filme. Ce sont des petites filles, même si les actions de Vincente les ont fait mûrir. Alors qu’elles commencent à porter les marques des choix de leur père en buvant ou en dormant avec une incapacité à former quelque chose de concret, les filles doivent l’accepter en silence. Il est en chacun d’eux. Il est dans leur intelligence et leur résilience, mais il est aussi dans leur chagrin et leurs erreurs.
Le petit casting est étonnant à regarder. Chaque personnage véhicule une multitude d’émotions. Mais le plus remarquable ici est René Pérez Joglar, connu sous le nom de Residente par les fans de son groupe Calle 13. Pour ses débuts d’acteur, Pérez Joglar joue avec la profondeur d’un acteur chevronné. La performance de Pérez Joglar est l’une des plus marquantes de Sundance, où In The Summers a célébré sa première mondiale. J’ai besoin de le voir dans plus de projets.
Même si cela vient en grande partie de ses expressions douloureuses et de ses manières, la façon dont il passe de l’espagnol à l’anglais lui donne l’impression d’être chez lui. Ses enfants parlent anglais, mais pour qu’il puisse vraiment s’expliquer, il passe à l’espagnol. Chaque fois qu’il y a un problème de communication, Vincente fait le choix de changer de langue. Le choix de laisser cela sans sous-titre laisse le public incertain quant à savoir si les filles connaissent ou non l’espagnol ou si elles apprennent ce qu’il dit avec le public non hispanophone. Mais il ne vérifie ni ne change jamais.
C’est un moment de caractère qui met au jour les monticules d’insécurité. C’est un homme intelligent avec un cerveau pour les mathématiques et les sciences, et sa frustration lorsque ses enfants ne le comprennent pas est claire. Mais cela se résout surtout lorsqu’il passe à une langue dans laquelle il se sent à l’aise. C’est un choix de dialogue qui porte ses fruits, surtout pour quiconque a vécu avec un parent ou un membre de la famille qui a fait cela.
In The Summers est un film douloureusement parfait sur l’angoisse qu’aimer sa famille peut causer. C’est un film dynamique qui ne cherche pas à blâmer qui que ce soit, mais plutôt à éliminer chaque souvenir et à l’examiner dans le contexte d’une vie bien remplie avec un parent qui n’était tout simplement jamais préparé. Mais les cicatrices laissées sur ses enfants sont toujours là, forgeant leur résilience à un âge trop jeune. Le film est un drame familial tranquille, mais dans cette bêtise, il déplace des montagnes d’émotion.
In The Summers a été projeté dans le cadre de Sundance 2024 et a remporté le Grand Prix du Jury.
Pendant les étés
10/10
TL;DR
In The Summers est un film douloureusement parfait sur l’angoisse qu’aimer sa famille peut causer. C’est un film dynamique qui ne cherche pas à blâmer qui que ce soit, mais plutôt à éliminer chaque souvenir et à l’examiner dans le contexte d’une vie bien remplie avec un parent qui n’était tout simplement jamais préparé.
